Depuis les temps immémoriaux, depuis
la préhistoire, le Cameroun était habité, comme en attestent de nombreux objets
en pierre taillée et polie retrouvés dans presque tout le territoire. En effet,
sur le Mont Makabai, petit village situé près de Maroua, se trouve l’un des
sites préhistoriques les plus importants du monde ; on y rencontre des objets en
pierre, mélangés à d’énormes grottes qui forment une couche d’environ un mètre
d’épaisseur.
Depuis l’Antiquité, le Cameroun est
en contact avec le monde méditerranéen grâce aux pistes du Sahara, et selon
toute vraisemblance, à l’Océan. Le commerce avait pour centres l’Egypte, le
Fezzan, la Libye et le Tchad. Le Cameroun exportait de l’ivoire, des peaux de
panthère, des plumes d’autruche, du natron, et importait des perles, des objets
en bronze, du sel et des tissus. Les bœufs, les chevaux et les ânes aidaient à
traverser le Sahara, alors humide et verdoyeux.
Vers le VIe siècle avant J.C,
Hannon, un chef carthaginois, partit de Carthage avec soixante navires ; il
arriva sur les côtes camerounaises et découvrit le Mont Cameroun en éruption. Il
le baptisa « Char des dieux ».
Après la préhistoire, le Cameroun
était habité en majorité par les pygmées, qui peuvent être considérés comme les
vrais autochtones de ce pays. Aujourd’hui, ces pygmées sont peu nombreux –
seulement quelques milliers - et vivent
dans les îlots de forêt primaire, et leur nombre décroît à mesure que la forêt
recule. Mais jadis, ils étaient certainement plus nombreux et plus dispersés à
travers une vaste forêt.
Vers le Xe s, le peuple Sao, venu du
Nord, s’installa autour du Lac Tchad et surtout au Nord Cameroun (département du
Logone et Chari). Là, ils bâtirent une merveilleuse civilisation caractérisée
par de nombreux objets – des récipients, des jarres, des masques, des statues,
de l’argent, tous en terre cuite. Cette spécificité a valu à la civilisation Sao
le nom de « civilisation de la terre cuite ». Les artisans Sao fabriquaient
également des objets en bronze, des bijoux, des bracelets, des pendentifs en
utilisant la technique de la fonte.
RIO DOS
CAMAROES
Aux XIVe et XVe
siècles, le peuple Sao fut attaqué par les KANEMBOA du Bornou voisin, puis
par les Massa de l’Est au Xve siècle. Les Sao qui ne périrent pas dans ces
guerres trouvèrent probablement refuge dans les massifs montagneux du Nord
Cameroun où on retrouve progressivement leurs traces vers Maroua, Mora, Bibemi,
et Pitoa.
Au XVe siècle, il y eut
la migration des Soudanais. De l’Abyssinie et de l’Est du Soudan, ils partirent
de l’Est à l’Ouest en traversant le Nord Cameroun. Si la plupart des Soudanais
continuèrent au Nigeria et en Afrique de l’Ouest, certains d’entre eux (les
Massa, les Moundang, et les Toupouri) s’arrêtèrent au Cameroun et se mélangèrent
aux populations locales.
Venus de la région du Haut Nil, les
Bantous se sont répandus en Afrique centrale et australe pendant cette période.
Les premiers immigrés arrivèrent au Cameroun vers le XVe siècle et
s’installèrent dans la plaine du Centre et le long de la Sanaga. Les Bamilékés,
les Banen et les Bassa faisaient partie de ce premier groupe d’immigrés. Le
deuxième groupe d’immigrés bantous arriva au Cameroun au Xve s en provenance du
Sud ; les Douala en faisaient partie.
Les Fangs ou Pahouins arrivèrent au
Sud Cameroun au XIVe siècle. En 1472, un navigateur portugais, Fernao
Do Poo, arriva à l’Ile qui porte aujourd’hui son nom (Fernando Poo, en
espagnol). Ses caravelles accostèrent sur le fleuve Wouri. Le nombre élevé de
crevettes trouvées dans le Wouri émerveilla les navigateurs qui donnèrent au
fleuve le nom de Rio dos Camaroes. Par la suite, les Espagnols traduisirent
Camaroes par Camerones. ; les Allemands par Kamerun et les Français par
Cameroun, pour désigner d’abord la ville de Douala, puis, le territoire dans son
ensemble.
Les Portugais établirent des liens
commerciaux avec les chefs douala. En effet, ces Portugais apportaient du sel,
des tissus, des récipients, du cuivre, de l’alcool, et recevaient en retour du
poivre blanc, du poisson, de l’ivoire, et aussi des esclaves.
Le Commerce des esclaves fut
inauguré par les Portugais en 1450 – Conduits aux comptoirs de commerce sur la
côte de l’Afrique, les esclaves étaient gardés dans l’Ile de Sao Tomé avant
d’être embarqués pour l’Amérique. De 1590 au XVIes, les navigateurs et
commerçants portugais sillonnèrent aussi les côtes camerounaises.
A la fin du XVIIe siècle, les Peuls
ou Foulbés arrivèrent au Nord Cameroun, dont ils constituent environ le tiers de
la population et où ils pratiquent essentiellement l’élevage, après une longue
migration qui les conduisit de l’Egypte (ou Abyssinie) au Mali, au Sénégal, au
Nigéria et au Nord Cameroun. Acceptés par les populations des territoires qu’ils
ont traversés, subdivisés en clans, troquant avec les populations locales les
produits de leurs troupeaux, les Peuls menèrent une vie paisible.
LES ALLEMANDS A
DOUALA
En 1805, les Peuls du Nigéria, sous
l’instigation d’un « modibo » (docteur en sciences islamiques), Ousman Dan
Fodio, se soulevèrent contre les autochtones, Ousman Dan Fodio prêchant la
guerre sainte. Finalement, il sortit victorieux et fonda un empire avec pour
capitale la ville de Sokoto au Nigéria.
A l’appel du même Ousman Dan Fodio,
les chefs peuls du Nord Cameroun se soulevèrent à leur tour contre les animistes
et leur imposèrent leur autorité. Ainsi fut créé un royaume peul avec le
« lamido » comme souverain.
En janvier 1841, les premiers
missionnaires protestants de la Mission Baptiste de Londres, Joseph Merrick et
Alfred Saker arrivèrent à Fernando Poo et, plus tard, à Douala.
Le 10 juin 1840, les chefs douala, à
savoir les chefs Bell et Akwa, signèrent avec le Gouvernement britannique
représenté par le capitaine d’un bateau de passage à la baie de Biafra, le
premier accord interdisant le commerce des esclaves.
D’autres accords analogues furent
signés le 7 mai 1841 et le 29 avril 1852.
Le 12 juillet 1884, le chef Akwa de
Douala signa un traité de protectorat avec le gouvernement allemand. Peu après,
les Allemands s’installèrent à Douala pour assurer la paix, favorable au
commerce. Malgré la résistance armée de nombreuses tribus, ils occupèrent
l’ensemble du territoire national.
Le 22 avril 1910, le capitaine Lamy,
à la tête d’un détachement de l’armée française, combattit Rabah aux environs de
Kousseri. Rabah et Lamy furent tués tous les deux dans cette bataille. Le Tchad
passa sous la domination française.
Deux héros de la résistance
camerounaises face aux Allemands méritent mention ; il s’agit de Rudolphe Douala
Manga Bell, pendu à Douala le 7 août 1913 et Martin Paul Samba, fusillé à
Ebolowa.
Le 1er août 1914,
l’Allemagne déclara la guerre à la France. Les troupes françaises stationnées au
Tchad, en Oubangui Chari (aujourd’hui, République Centrafricaine), au Gabon, les
troupes anglaises au Nigéria et les troupes belges au Congo, attaquèrent les
forces allemandes au Cameroun.
Le 9 janvier 1916, la ville de
Yaoundé fut occupée d’abord par les troupes anglaises, puis par les troupes
françaises.
Le 20 février 1916, le capitaine
allemand Von Raben est assiégé et encerclé à Mora. Ce fut le dernier épisode de
la campagne camerounaise (1914-1916). Les alliés, devenus maîtres du Cameroun,
le divisèrent. L’Angleterre reçut de la Société des Nations mandat d’administrer
le Cameroun occidental, et la France le Cameroun oriental.
De 1939 à 1945, le Cameroun prit
part à la Seconde Guerre mondiale à l’appel du Général De Gaulle.
Au lendemain de la guerre, l’ONU
(Organisation des Nations Unies) place le Cameroun sous mandat français et
britannique.
Un hymne, un
drapeau, une devise
Un décret français du 25 octobre
1946 créa l’ARCAM (Assemblée Représentative du Cameroun), constituée de 50
membres répartis en deux sections de 18 et 32 membres élus par deux Collèges
distincts
En 1952, l’ARCAM fut remplacée par
l’ATCAM (Assemblée Territoriale du Cameroun), qui était constituée de 50 membres
élus par un Corps électoral élargi.
Le 23 décembre 1956, une nouvelle
Assemblée, l’ALCAM (Assemblée Législative du Cameroun) fut élue au suffrage
universel par un Collège unique.
Cette Assemblée tint sa toute
première session le 10 mai 1957 et, à cette occasion, l’hymne, le drapeau et la
devise furent choisis.
Le 24 octobre 1958, l’ALCAM proclama
solennellement la volonté du peuple camerounais d''''accéder à l''''indépendance
le 1er janvier 1960.
Du 1er janvier 1959 au
1er janvier 1960, le Cameroun vécut sous un système d’autonomie
interne.
Le 12 mars 1959, le Conseil de
tutelle de l’Organisation des nations unies vota, par 56 voix contre 9 et 16
abstentions, l’annulation de l’accord de tutelle.
L’indépendance
Le 1er janvier 1960, le
Cameroun sous tutelle française accéda à l’indépendance sous l’appellation de
République du Cameroun.
Le 21 février 1960, un projet de
constitution fut soumis à un référendum et approuvé à une écrasante majorité de
797490 voix.
Le 5 mai 1960, S.E Ahmadou Ahidjo
fut élu président de la République.
Le 11 février 1961, la partie
méridionale du territoire sous tutelle britannique choisit, par voie
référendaire et à une écrasante majorité de 233571 voix contre 9774, d’accéder à
l’indépendance et de se rattacher à la République du Cameroun.
La partie septentrionale du Cameroun
sous tutelle britannique, par 60% des suffrages exprimés, choisit de se
rattacher au Nigeria. Ce pourcentage, qui fut vraisemblablement obtenu grâce à
certaines irrégularités, fit couler beaucoup d’encre et de salive et suscita une
vague de protestations.
Onze ans après la réunification,
cette même volonté d’unification se manifesta lors du référendum du 20 mai 1972
(3217056 voix pour et 158 voix contre), ce qui
mit un terme aux structures fédérales. Ce fut une révolution pacifique
qui donna naissance à la République Unie du Cameroun.
Le 6 novembre 1982, Paul BIYA, alors
Premier Ministre depuis 1975, accéda à la magistrature suprême suite à la
démission d’Ahmadou Ahidjo. Ce changement, considéré au départ comme un modèle
de transition politique, fut ébranlé par d’énormes difficultés du fait de la
volonté de l’ancien président de s’accrocher à un pouvoir qu’il avait librement
abandonné.
D’AHIDJO à
BIYA
Le 22 août 1983, le nouveau chef de
l’Etat annonça la découverte d’un complot ourdi contre la sécurité de l’Etat par
les partisans de l’ancien président. Le peuple camerounais se rangea du côté du
nouveau Président dont l’action se fondait sur la rigueur et la moralisation,
tel que prôné par le Président Paul BIYA. Ahmadou AHIDJO, qui s’était alors
installé à l’étranger, fut obligé de démissionner du poste de président du parti
qu’il occupait jusque-là. Un Congrès extraordinaire du parti fut alors convoqué
le 4 septembre 1983, à l’occasion duquel M. Paul BIYA fut élu Président national
de l’UNC. Cette élection permit de mettre un terme au bicéphalisme qui existait
entre l’Etat et le parti.
Le problème de la légitimité
constitutionnelle et populaire du nouveau Président fut finalement résolu par
l’organisation d’une élection présidentielle anticipée le 4 janvier 1984 au
Cours de laquelle la double légitimité de M. Paul BIYA fut confirmée par plus de
99 % de suffrages exprimés.
La dernière grande crise qui secoua
la vie politique au Cameroun eut lieu au mois d’avril 1984. En effet, une
mutinerie se produisit au sein de la garde présidentielle ; mais la frange de
l’armée qui était restée loyaliste vint à bout de celle-ci après 36 heures de
Combats acharnés du 6 au 7 avril.
Le 24 mars 1985 à Bamenda, le
Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais et ses organes annexes que sont
l’OJRDPC et l’OFRDPC, furent portés sur les fonts baptismaux au Congrès de l’UNC
baptisé congrès du renouveau.
Depuis le 19 décembre 1990, date
d’adoption de la loi sur les partis politiques, le RDPC cessa d’être le parti
unique dans la mesure où plus de 100 partis politiques ont déjà été
légalisés./