Principes
généraux
Consacré dans son indépendance par
la Constitution, le pouvoir judiciaire est exercé au Cameroun par la Cour
Suprême, les cours d'appel, les tribunaux. L'alinéa 2 de l'article 37 de la
Constitution dispose notamment que les magistrats du siège ne relèvent dans
leurs fonctions juridictionnelles que de la loi de leur conscience.
Garant de l'indépendance du pouvoir
judiciaire, le Président de la République nomme les magistrats. Dans cette
mission, il est assisté par le Conseil Supérieur de la Magistrature qui donne
son avis sur les propositions de nomination et sur les sanctions disciplinaires
concernant les magistrats du siège. Le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux
est le Vice-Président du Conseil Supérieur de la Magistrature tandis qu'un
magistrat de haut rang en est le secrétaire.
Le Conseil Supérieur de la
Magistrature est composé de la manière suivante :
· trois personnalités désignées par
l'Assemblée nationale ;
· trois personnalités désignées par le
Président de la République.
La durée du mandat des membres est
de cinq (5) ans.
Les principes du
système judiciaire
Dans son préambule, la Constitution
camerounaise affirme solennellement les principaux principes du système
judiciaire national.
L'égalité devant la
justice
La loi assure à tous les hommes de
droit de se faire rendre justice. Car l'être humain, sans distinction de race,
de religion, de sexe, de croyance possède des droits inaliénables et sacrés.
Tous les hommes sont égaux en droits et en devoirs. Nul ne peut être inquiété en
raison de ses origines, de ses opinions ou croyances en matière religieuse,
philosophique ou politique, sous réserve du respect de l'ordre public et des
bonnes mœurs.
La non-rétroactivité
des lois
La loi ne peut avoir d'effet
rétroactif. Nul ne peut être jugé et puni qu'en vertu d'une loi promulguée et
publiée antérieurement au fait punissable.
La présomption
d'innocence
Tout prévenu est présumé innocent
jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie au cours d'un procès conduit dans le
strict respect des droits de la défense.
Les
juridictions
La justice est rendue au Cameroun
par :
· les tribunaux de première instance
;
· les tribunaux de grande instance
;
· les tribunaux militaires ;
· les cours d'appel ;
· la Cour Suprême (ordonnance n° 72/4
du 26 août 1972 et modifications subséquentes).
Tribunal de première
instance
Il est créé en principe par
arrondissement un tribunal de première instance. Toutefois, suivant les
nécessités de service, le ressort territorial de ce tribunal peut s'étendre sur
plusieurs arrondissements. Toute affaire soumise au tribunal de première
instance est jugée par un seul magistrat, sauf en matière sociale. Le tribunal
de première de instance est notamment compétent :
· en matière pénale : pour le jugement
de toute infraction à l'exception des crimes ;
· en matière civile, commerciale et
sociale lorsque le montant de la demande n'excède par cinq cent mille francs
(500.000 FCFA) ;
· pour statuer sur les procédures en
référé et ordonnance sur requête ;
· pour le recouvrement des créances
commerciales par des procédures simplifiées.
Tribunal de grande
instance
La compétence territoriale du
tribunal de grande instance s'étend au département. Toutefois, selon les
nécessités de service, le ressort de ce tribunal peut comprendre plusieurs
départements. Le tribunal de grande instance est compétent :
· en matière pénale, pour le jugement
des crimes et délits connexes ;
· en matière civile, commerciale et
sociale pour le jugement des différends lorsque le montant de la demande excède
cinq cent milles francs (500.000 FCFA) ;
· en matière civile pour connaître des
actions et procédures relatives à l'état des personnes, à l'état-civil, au
mariage, au divorce, à la filiation sous réserve des compétences reconnues aux
juridictions traditionnelles.
La cour
d'appel
Il est créé une cour d'appel par
province. Elle siège au chef lieu de la province. La cour d'appel est compétente
pour statuer à l'encontre des décisions rendues par les juridictions autres que
la cour suprême, la Haute Cour de Justice et la cour d'appel
elle-même.
La Cour
Suprême
La Cour Suprême est la plus haute
juridiction de l'État en matière judiciaire, administrative et le jugement des
comptes. Elle comprend :
· une chambre judiciaire ;
· une chambre administrative ;
· une chambre des comptes.
La chambre judiciaire statue
souverainement sur :
· les recours en cassation admis par
la loi contre les décisions rendues en dernier ressort par les cours et les
tribunaux de l'ordre judiciaire ;
· les décisions des juridictions
inférieures de l'ordre judiciaire devenues définitives dans les cas où
l'application du droit est en cause.
La chambre des comptes est
compétente pour contrôler et statuer sur les comptes publics et ceux des
entreprises publiques et parapubliques.
Il n'existe pas de juridictions
spécifiques pour le commerce. Les tribunaux de première instance statuent en
matière commerciale lorsque le montant de la demande n'excède pas cinq cent
mille francs (500.000 FCFA). Les tribunaux de grande instance statuent lorsque
le montant de la demande excède cinq cent mille francs (500.000
FCFA).
La Haute Cour de
Justice
Créée par la constitution (article
53), la Haute Cour de Justice est compétente pour juger les actes accomplis dans
l'exercice de leurs fonctions par :
· le Président de la république en cas
de haute trahison ;
· le Premier Ministre, les membres du
Gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l'administration ayant reçu
délégation de pouvoir, en cas de complot contre la sûreté de l'État.
Les principaux auxiliaires de la
justice au Cameroun sont les suivants :
· les fonctionnaires des greffes et
des parquets ;
· les huissiers et agents d'exécution
;
· les avocats ;
· les notaires.
Les fonctionnaires des greffes
veillent d'une manière générale à la mise en état des dossiers avant jugement et
à la mise en état d'exécution de ceux-ci après jugement. Au parquet, ils
veillent à la mise en état des procédures et à la mise en état d'exécution des
procédures pénales.
Les huissiers sont
traditionnellement des officiers ministériels titulaires de leur charge. Ils
sont chargés de faire connaître aux parties les actes de leur procédure :
signification judiciaire et extrajudiciaire, exécution forcée des actes de
justice. Leur rôle est très important dans la mesure où ils sont près d'un
tribunal les intermédiaires de la justice.
Les agents d'exécution sont des
employés des services judiciaires. En l'absence d'huissiers, ils sont investis
des mêmes pouvoirs qu'eux et assurent les mêmes fonctions auprès des
tribunaux.
Les avocats, regroupés sous une
organisation professionnelle appelée Barreau, sont l'une des garanties de
l'indépendance de la justice et de l'égalité de tous devant la loi. Ils assurent
en effet un rôle important dont les principaux éléments se décomposent de la
manière suivante :
· représentation des parties devant la
justice ;
· défense des parties avec les
possibilités d'actions sur la procédure ;
· représentation d'autrui devant
l'administration publique.
Les avocats jouent aussi un
important rôle de conseil juridique.
Harmonisation du
droit des affaires
Le Cameroun est l'un des seize États
africains à avoir adhéré au traité relatif à l'harmonisation du droit des
affaires en Afrique (OHADA) traité signé à Port-Louis le 17 Octobre 1993. Le
domaine géographique de l'OHADA dépasse les États membres de l'OUA car selon
l'article 53 du traité "est ouvert à l'adhésion de tout autre Etat non-membre de
l'OUA invité à y adhérer du commun accord de tous les Etats partis".Yaoundé
abrite le siège de l'OHADA.
Ce traité a pour objectif principal
de remédier à l'insécurité juridique et judiciaire existant dans les
États-parties en modernisant et en harmonisant le droit des affaires dans les
différents Etats-parties. Il sécurise par conséquent les investissements par
:
· la mise à la disposition de chaque
État des règles communes, simples, modernes, adaptées à la situation économique
;
· la promotion de l'arbitrage comme
instrument de règlement rapide et discret des litiges contractuels ;
· l'amélioration de la formation des
magistrats et des auxiliaires de justice.
L'OHADA est composée de quatre
institutions
1. le Conseil des ministres de la
Justice et des Finances, qui se réunit une fois par an pour adopter "les actes
uniformes" applicables dans chacun des droits internes des Etats-parties ;
2. le Secrétariat permanent, rattaché
au conseil des ministres et chargé de la préparation de tous les actes et du
programme annuel d'harmonisation du droit des affaires. Son siège est à Yaoundé
;
3. l'École Régionale de la Magistrature
à Porto-Novo, assure la formation et le recyclage des magistrats et auxiliaires
de justice des Etats-parties ;
4. la cour commune de justice et
d'arbitrage composée de sept juges élus pour sept ans renouvelables une fois,
parmi les ressortissants des Etats-parties.